KINGZPLUS #4 : The Box, l’interview découverte

The Box

J’ai discuté de création musical, d’ambition maladive et de l’importance de prendre des risques avec un jeune rappeur gabonais très prometteur nommé The Box.

J’ai entendu parler de The Box il y a quelques années alors qu’il était encore au lycée. J’avais écouté, par hasard, sur le téléphone de ma sœur, un de ces sons Lucy qui m’avait laissé, littéralement, le souffle coupé. Il avait déjà une maîtrise du flow et des émotions, cette facilité à choisir les bons mots, ceux qui feront écho à l’expérience de la personne qui l’écoute, tout en restant très personnel. Dans sa dernière mixtape de 13 titres Book II, Round trip & Chants il réussit encore l’exploit de construire un pont entre sa vie et la nôtre, nos difficultés et les siennes. Si j’ai choisi de vous le faire découvrir, c’est parce qu’il représente parfaitement la complexité et le talent de notre génération, des jeunes qui veulent réussir mais ne veulent pas s’adapter aux vieux standards. Pendant une session skype, nous avons discuté de sa musique, de ses projets et de la difficulté de se construire en tant que jeune artiste perfectionniste et en permanente confrontation avec lui-même.

Comment as-tu commencé à faire de la musique  ?

J’ai commencé au lycée. Je ne savais pas que j’allais me plonger dedans à ce point. J’avais cette envie d’écrire, j’ai fait du slam, ensuite je me suis mis au rap. Je me suis rendu compte que j’adorais ça et que j’avais, disons, quelques compétences. Puis, je me suis dit que si je voulais vraiment réussir, je ne pouvais pas rester en Afrique. Je devais aller là où les choses se passaient, c’est comme ça que je me suis retrouvé aux Etats-Unis à faire ce que je fais maintenant. Ce qui m’a vraiment inspiré à faire de la musique, c’est d’abord le fait que j’adore en écouter. Lorsque j’écoute la musique d’artistes de mon âge, j’ai souvent l’impression que ce n’est pas abouti. Si je me lance là-dedans, je dois faire mieux, parce que je veux que vous ressentiez ce que je ressens quand j’écoute la musique que j’aime. Ça a commencé par là. Et ensuite, je suis vraiment tombé amoureux du processus de création musicale. C’est ce qui m’a amené à ce que je fais maintenant.

Tu es arrivé à la musique par l’écriture en fait  ? A l’écoute de ta mixtape, on ressent très vite à quel point les paroles sont importantes, ce sont des histoires que tu racontes.

Je veux que les gens passent un bon moment et apprécient la musique mais je prends vraiment le temps d’affiner chaque concept, chaque morceau. Je veux écouter mes sons et pouvoir me surprendre. Je peux faire de l’esprit, faire l’intelligent, sortir des grosses punchlines et tout ça mais ma musique va au-delà de ça. Pour moi, elle doit raconter une histoire à laquelle les gens peuvent s’identifier. Selon moi, la manière d’écrire la musique est aussi importante que la musique elle même.

Et le beatmaking  ? Est-ce que tu accordes la même attention à cet autre aspect de la création musicale  ?

En ce qui concerne la production des beats, j’ai essayé de le faire mais je me suis rendue compte très vite que ça me prenait beaucoup trop de temps dans mon processus créatif. Donc, j’ai arrêté de le faire et, à la place, j’ai pris contact avec des beatmakers qui peuvent comprendre mes besoins. Je travaille souvent avec les mêmes mecs. Mon préféré en ce moment est un malien qui s’appelle Seydou Tall. On ne s’est jamais rencontré IRL mais on échange beaucoup, on a la même vision. On est chanceux de faire partie d’une génération qui a l’opportunité de faire des choses plus grandes que celles qui avaient été faites auparavant. Travailler avec lui est vraiment un régal. J’ai aussi Jo fresh, que j’adore. Il produit un son heavy bass, apaisant mais à la fois très sombre. Fresco Stevens, aussi, qui a fait les beats de Everything ,  Yesterday . En ce qui concerne la production de ma musique, mon premier critère est tout simplement qu’elle doit être plaisante à écouter. Je n’aime pas la musique trop forte, trop imposante. Si je devais décrire le genre de musique que j’aime vraiment créer, je dirais que ce serait un genre de musique lounge, très calme. Le genre de trucs que tu écoutes chez toi, assis tranquillement.

Tes paroles, très introspectives, vont parfaitement avec ce genre de musique. Sur cette mixtape, tu as aussi des sons un peu plus énergiques mais malgré tout, le texte surgit et efface le côté divertissant d’un son comme No Party dans lequel tu rappes en featuring avec Lysian avec qui tu formes le duo Mastermind BL.

Oui, on essaye vraiment de mettre cette chanson en avant avec Lysian, avec les radios en particulier. Il y a quelques radios en Californie qui la passe en ce moment. Pour revenir à ce que tu disais, No Party est une de mes chansons préférées parce que les gens ont du mal à comprendre son sujet. No party ne parle pas simplement de la fête, c’est un son qui parle de dépression. «  I don’t wanna party but I’m here, doing shots and chilling with my peers  ». Ils pensent que c’est une bonne chose mais en fait c’est une satire de ces gens qui ne savent quoi faire d’autre de leur vie que faire la fête. Ils sont au bord du suicide et ont des modes de vie extrêmes. C’est pour ça que je parle de prostitués et de trafic de drogues et tout ça. Et ce sont des choses que je connais, je connais ces gens, j’évolue autour d’eux, et certaines de ces choses qu’on fait, quand on se met à vraiment en parler, on comprend vite que chacun cache quelque chose, ou essaye de l’enterrer sous l’alcool, la coke, la codéine et tout ça. Et c’est de ça dont le son parle.

Il y a deux parties dans cette mixtape  : la première très déprimante et sombre et progressivement, dans la seconde partie, on réalise que ce n’est pas si grave que ça et c’est une sorte d’épiphanie où tu réalises que tu dois te remettre à vivre. Si No Party est dans la partie assez lugubre de la mixtape, ce n’est pas une coincidence. C’est un son très sombre. C’est le genre de son dont on préfère ignorer le vrai sujet pour ne pas se retrouver face à ce qu’il dépeint.

C’est une question très personnelle, mais suivant la logique de ta musique, je vais la poser quand même. On comprend dans tes sons que tu as dû faire face à une dépression. Tu peux m’en parler  ?

J’ai fait une dépression pendant un bon moment et Everything est peut-être le son dans lequel j’en parle le plus. C’était des pensées suicidaires qui faisaient surface parfois. J’appelle ça de la «  pression dû à l’ambition». Il y a certaines choses que tu veux accomplir, auxquelles tu sais que tu es destiné et quand tu travailles autant que moi pour atteindre ces objectifs, et que tes chances sont maigres, que tu n’y arrives pas, parfois tu tombes dans une sorte de trou noir. Tu dois gérer les attentes que les autres ont pour toi et tu dois aussi gérer les tiennes mais pour équilibrer les deux, tu dois réussir à un moment donné. Tu aimerais faire taire toutes ces voix pour y arriver. C’est de là que ma dépression venait.

Et souvent, on réussit mais d’une manière ou dans des domaines complètement différents de ce qu’on avait imaginé  ! Et il faut aussi savoir gérer «  les changements d’orientations  » (rires). Tu as décidé de te consacrer entièrement à la musique sans avoir fini tes études. Comment a réagit ton entourage  ?

J’ai abandonné les études il y a quelques mois et mon père a dû venir me rendre visite pour me parler. J’étais prêt pour une confrontation mais au final, on a eu une vraie discussion. Si tu suis ma musique, tu vois que je ne parle pas vraiment de mon père. Par contre, de ma mère, oui  ! Je ne parle pas de lui sauf quand je parle de déception ou de fierté parce que la relation qu’on avait avant était basée sur ça. Heureusement, on a réussit à dépasser ces tensions en faisant des compromis. Je lui ai dit  : «  Tu ne peux pas toucher à ce que je fais, c’est trop important pour moi.  » et il m’a demandé de le laisser m’apporter son aide pour m’aider à trouver un équilibre entre ce que je veux faire et la vie quotidienne. J’ai dit  : «  Ok  !  ». Quand j’ai pris la décision d’arrêter l’école, je leur ai dit de ne pas m’aider financièrement, de ne pas m’aider, que ce n’est rien d’impossible, je vais tout faire tout seul parce que j’ai confiance en mon talent et je sais où je vais. Je suis un peu «  l’enfant imprévisible  » de la famille. Quand tu sors de l’environnement familial, tu es encore plus exposé à tes propres pensées, à tes certaines croyances et tu commences à changer, tu peux évoluer de manière assez radicale. Tu commences à prendre des décisions qui ont l’air complètement folles pour les autres mais qui sont parfaitement sensées pour toi. C’est comme ça que ma famille me voit en fait. Ils se disent «  Putain  ! Qu’est ce qu’il a fait encore  ? N’importe quoi  !  » (rires) «  C’est une phase  », ils adorent ce mot «  phase  »  ! (rires) Et ça n’en est vraiment pas une. J’essaie juste de faire les choses un peu différemment et j’en parle dans mes sons, d’abandonner l’université, de ma famille qui panique, parce que comme tu l’as dit, ma musique est très personnelle. Dans 10 ans, mes parents vont arrêter d’avoir des attentes, que je réussisse ou pas, il ne restera plus que les miennes. Je vais travailler dur. Ils doivent accepter que c’est mon travail. Le temps venu, je pourrai vivre de la musique.

T’es tu déjà demandé si ta musique n’était pas un peu trop personnelle? Peut-être trop spécifique pour que beaucoup de personnes s’y identifient?

Ça m’arrive de le penser mais s’il y a une chose que j’ai remarqué, c’est que beaucoup d’artistes comme Kendrick Lamar avec Good kid M.a.a;d city et Drake avec Take Care, produisent des albums très personnels. Le 1er album de Jay Z aussi l’était. Je n’ai plus peur de ça maintenant parce que je pense que si tu racontes ton histoire de la manière la plus juste possible, les gens trouveront un moyen de s’y identifier. C’est comme quand tu lis un livre, une autobiographie lorsqu’elle est écrite de la bonne manière, a du succès. Faire de la musique plus générique  ? Un album un peu funk par exemple  ? Oui, pourquoi pas  ? J’aime ce genre de musique et certains des sons sur lesquelles je travaille en ce moment vont dans ce sens. Mais est-ce que j’essaierai de faire une musique moins personnelle  ? Non. Tu serais surprise par le nombre de personnes qui me disent s’identifier aux histoires que je raconte. Par exemple, le producteur avec laquelle je travaille en ce moment, après avoir écouté mon travail m’a dit que ça reflétait le sien et qu’il s’y reconnaissait. C’était bizarre pour moi  ! Ce n’est que mon histoire. Littéralement, tout ce que je fais, c’est parler de ma vie. Mais les gens s’identifient à ce point à ma musique aussi parce que n’importe quelle personne ayant de l’ambition et voulant atteindre un objectif comprend ce processus, ces pensées que je décris. Je pense que le fait que ma musique soit très personnelle est une bonne chose.

J’imagine que tu écris des textes aussi personnels aussi parce que tu aimes les artistes qui font de même. Question classique  : quelles sont tes influences  ? Qu’est-ce qui t’as donné envie de faire de la musique  ?

Qu’est ce qui m’a donné envie de faire de la musique  ? Je pense que c’est d’abord l’environnement dans lequel j’ai vécu. Ecrire et faire de la musique était très naturel pour moi. Ma mère qui est très chrétienne travaillait avec la chorale de l’église et j’avais l’habitude de la voir écrire ou interpréter ses propres chansons. Mes sœurs chantent et écrivent aussi et l’une d’elle joue de la guitare. Je viens d’une famille très sensible à la musique. A part mon père, je dirai. Il ne sait pas chanter (rires). Plus je repense au passé, plus je me rend compte de la place que tenait la musique chez moi. Je me souviens que la première chanson que j’ai jamais chanté, je l’avais écrite avec ma sœur. Après, en ce qui concerne ce qui m’inspire quand j’écris, quand je crée, je dirai qu’une de mes plus grandes influences est Jay Z. Je suis fasciné par sa carrière par ses choix. Reasonable doubts est un album extrêmement bien écrit, sa manière d’appréhender les différents aspects d’être un rappeur me fascine. Il y a aussi Kendrick Lamar bien sûr et Wale que j’adore. Si tu écoutes Painless epiphanies sur la mixtape, il y a un peu de Wale dans ma prononciation, dans mon flow. Drake a aussi eu une grande influence sur moi, et sur tout le monde, je pense. Le fait que je n’ai pas peur de montrer mes sentiments dans ma musique me vient de rappeurs comme lui et Kanye West. Grâce à lui, le rap a un peu évolué. C’est ok maintenant pour un rappeur de dire dans sa musique qu’il ne va pas bien. A l’époque, il fallait dire «  j’ai un joint dans la main, un gun dans la ceinture et des filles sur mes genoux  ». Maintenant, on a plus besoin de ça. C’est ce que je peux dire sur mes influences purement Hip Hop. Après, en ce qui concerne les atmosphères que j’aime créer, les gens qui m’ont vraiment influencés et que je prend comme modèles sont des artistes comme Sade, Pearl par exemple m’a fait pleurer la première fois que je l’ai écouté, et Led Zeppelin, pour leurs chansons les plus calmes bien sûr (rires). Pour l’écriture de mes sons, je m’inspire beaucoup des Beatles. On peut entendre cette influence rock psychédélique dans mes premiers sons surtout. J’adore l’ambiance calme qu’ils arrivent à créer, tout en gardant un aspect sombre, qui est important pour moi.

Qu’en est-il de ton héritage africain  ? Ma question est loin d’être innocente parce que j’ai pu remarquer à quelle point le Gabon est un pays particulier culturellement. La culture gabonaise ne me paraît pas aussi imposante que d’autres cultures africaines. Est-ce que c’est un aspect auquel tu penses musicalement  ?

C’est vrai qu’on a, sans aucun doute, un problème identitaire au Gabon. On est beaucoup plus influencés culturellement par ce qui nous vient d’ailleurs que par ce qui est sous notre nez. Mais, et là je te mets dans la confidence, une partie du projet sur lequel je travaille en ce moment est basé sur ma culture africaine. J’essaie de m’en rapprocher maintenant, surtout après avoir écouté To pimp a butterfly de Kendrick Lamar. Je n’en reviens toujours pas, cet album m’a impressionné. C’est un album noir, dans le sens où il parle de la condition du noir aux Etats-Unis, c’est ce qui m’a le plus frappé. Il contient toutes les influences noire-américaines  : le jazz, un peu de blues, le funk, ces interludes qui rappellent les bals populaires… C’est tellement dense, avec les guitares, le beat, les voix féminines. Je pense que c’est fou parce que c’est un vrai bazar cet album, c’est un peu le chaos mais un chaos parfaitement organisé. Chaque chose est quand même à sa place. Sa manière de parler de sa ville, Campton, m’a marqué. Je me suis rendu compte d’une chose  : ta musique ne sera jamais plus vraie que l’endroit d’où tu viens. Même si tu as des influences diverses, tu dois savoir d’où tu viens et tu dois mettre ta ville, ton pays en avant. C’est un sentiment que j’ai de plus en plus depuis que je suis arrivé aux Etats-Unis. Le 4 juillet dernier, c’était vraiment beau, les gens étaient dehors, il y avait des feux d’artifices, les gens étaient ensemble. Je me suis dit qu’il fallait que je prenne cette énergie et que je l’emmène chez moi, au Gabon. Quand j’y étais, c’était assez difficile parce que les gens sont souvent occupés à se battre, à voler dans l’assiette de l’autre. J’ai envie de leur dire «  Idiots, faites comme en Afrique de l’ouest, mettez tout dans une seule assiette et partagez, en tout cas, faites en sorte de travailler ensemble.  » Et une chose est sûre, je ne serai pas capable de faire passer ce message avant d’avoir plus d’influence. Tu sais, aux Etats Unis, je vis dans le DMV (DC-Maryland-Virginia), je connais les différents quartiers, les gens, on le sent dans ma manière de parler mais mon certificat de naissance le dit, je suis gabonais, j’ai les couleurs vertes, jaunes et bleues dans les veines. Je dois trouver un moyen de représenter mon pays de la même manière dont Kendrick Lamar parle de Compton ou Sinatra, Biggie et Jay Z parlent de New York.

Tu es constante réflexion quant à ton évolution artistique et ton engagement personnel, on l’entend dans ta musique et dans ta volonté d’expliquer ton processus créatif aux gens qui te suivent. J’imagine que tu as plusieurs projets en cours, là. What’s next  ?

En ce moment, je travaille sur un nouvel EP, plus positif, moins complexe, qui touche à l’afro beat et au funk. Cette fois, ce sera de la «  feel good  » musique surtout. J’ai quelques shows programmés dans la région. Principalement, cet été sera consacré à la promotion de l’EP. En ce moment, je suis dans une phase Remixs. Ceux qui me suivent sur facebook ont pu écouter le remix que j’ai fait de Classic man  de Jidenna, et celui de King Kong par Stanley Enow. Il l’a lui même écouté et retweeter ! Et j’allais oublier, chose très importante, on tourne le clip de No party bientôt  !

https://soundcloud.com/minko-emmanuel/jidenna-classic-man-the-box-remix

Pour finir, une question que je me pose depuis que j’ai écouté ta musique pour la première fois  : pourquoi The Box  ? Toi qui ne veut justement pas qu’on te catégorise  ? Est-ce que ça a un rapport avec ton côté casanier  ? (rires) Plus sérieusement, je pensais plutôt à la boîte de Pandore, j’ai visé juste  ?

Il y a un peu de tout ça  ! ” Ne me mettez pas dans une boîte de merde, je serai ma propre boîte. ” Au début, la principale raison pour laquelle j’ai choisi ce nom était la symbolique de la boîte de Pandore. Toutes les choses, les émotions et les pensées que je ne saurai pas vraiment exprimer dans la vie réelle sont mises dans une boîte et quand je fais ma musique, j’ouvre cette boîte sans me soucier des conséquences . Et la boîte n’a même pas encore été totalement ouverte, il ne s’en est échappé que des morceaux. La boîte s’ouvre avec une série de livres d’où le nom de ma mixtape Book II . Donc oui, la boîte de Pandore est l’explication la plus proche, la plus facile.

Si vous êtes curieux et que vous voulez vous aussi ouvrir la boîte de Pandore, vous pouvez télécharger la mixtape Book II Round Trip & Chants ici.

Ridwane Devautour

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