Mourad Merzouki : « j’aime bien l’idée que la danse hip-hop soit dans la rue et sur les plateaux de théâtre

Boxe Boxe - © M Cavalca.jpg

Boxe Boxe – © M Cavalca.jpg

Après le succès phénoménal de Pixel, le chorégraphe Mourad Merzouki présente actuellement et jusqu’au 18 juin Boxe Boxe au Théâtre du Rond Point à Paris. Nous l’avons rencontré à cette occasion pour parler de son travail.

Après Pixel, vous présentez Boxe Boxe actuellement au Théâtre du Rond Point. Qu’est ce qui vous attache tant à l’expérimentation ?

Ce qui m’intéresse à chaque fois c’est de bousculer la danse hip-hop qui est née dans la rue, de la provoquer, de l’emmener ailleurs pour que le spectateur voit dans cette danse une évolution, une maturité aussi. Et puis j’aime bien l’idée que la danse hip-hop soit dans la rue et sur scène, j’aime l’idée que le hip-hop ne reste pas que dans la rue mais évolue aussi sur les plateaux de theatre. De plus, pour q’on puisse continuer à créer dans les théâtres, il faut qu’on reste inventifs, il faut prendre des risques, il faut faire dialoguer la danse hip-hop avec d’autres formes d’art. C’est ce que j’ai fait avec Pixel et les arts numériques, c’est ce que je fais dans Boxe Boxe avec le sport et la musique classique.

On aimerait bien que vous nous présentiez Boxe Boxe avec vos mots ?

C’est un spectacle de danse d’abord, même si Boxe Boxe fait allusion au sport. Dans ce spectacle j’utilise la gestuelle de la boxe pour la chorographie. C’est un défis de mettre en scène cet art, là je le mélange avec le hip-hop et sur scène cette gestuelle est portée par de la musique classique avec Quatuor Debussy, un quatuor à corde qui joue en live. Ce qui m’intéresse c’est cette confrontation un peu inattendue du classique, de la boxe et du hip-hop. Voilà, donc ça reste quand même un spectacle de danse avant tout même s’il est musical, même s’il est sportif. Et c’est un spectacle pout tous les publics.

On a envie de savoir comment se passe la construction de vos spectacles. Ne serait-ce que du point de vue de l’inspiration ?

En fait, mes spectacles ne racontent pas souvent d’histoires. Ils sont écrits à partir d’images que je veux mettre en avant et que je veux partager avec le spectateur. Quand je créé un spectacle je fais de petites scénettes avec la réflexion de comment j’utilise la danse, le danseur, quelle place donner à la scénographie, à la musique aux costumes, aux lumières. Voilà, c’est comme ça que je mets en place mes spectacles. Je travaille sur l’image avant tout pour que le spectateur puisse se raconter sa propre histoire à partir d’un univers que je propose, qui peut être poétique, dynamique, rythmé, généreux, sensible… C’est comme ça que j’aime travailler, mais pas forcément sur un texte, une histoire, c’est plus tôt l’image que je mets en avant.

Quand on suit votre travail, on réalise que le hip-hop est beaucoup plus vaste qu’on ne l’imagine. On peut danser du hip-hop sur de la musique binaire mais également sur de la musique classique. Qu’est ce qui a été le déclic qui a provoqué l’exploration artistique que vous poursuivez aujourd’hui ?

C’est la volonté de progresser, la volonté de faire évoluer cette danse, et je crois que le hip-hop aujourd’hui démontre bien sa maturité et son envie de continuer à se développer. Ça fait 25 ans que je fais de la chorégraphie et d’année en année on a envie de surprendre, de proposer de nouvelles choses aux spectateurs. Pour ça il faut être curieux et surtout prendre des risques.

Il est difficile de vous rencontrer sans parler de votre spectacle Pixel qui est d’une beauté inouïe. Après cet immense succès, ce spectacle occupe-t-il une place particulière dans vos chorégraphies ?

C’est vrai que Pixel a été une aventure assez incroyable dans mon parcours de chorégraphe. À savoir cette confrontation avec les arts numériques qui sont un outil qui nous ouvre des portes dans le rapport à l’espace, dans l’imaginaire. Pixel a créé un effet de surprise parce j’ai travaillé à la fois avec ces nouvelles technologies qui étaient aussi une surprise pour le spectateur qui découvraient une autre manière de scénographier la scène. Pour moi ça a été une belle rencontre, un challenge nouveau. Aussi, les ingrédients de Pixel arrivaient à un moment peut-être nouveau pour le public, à savoir de mettre en scène la danse et les arts numériques, avec ce compositeur incroyable qu’est Armand Amar qui a proposé la musique pour ce spectacle. Donc je crois qu’il y avait une alchimie qui est différente de mes autres spectacles. Je pense que la place des arts numériques a apporté à la danse et à mon travail.

Vous ne le mettez pas forcément sur un piédestal ?

Non je pense que chacun de mes spectacles a eu des échos différents. Je pense par exemple à Récital en 1998 qui avait fait un effet de surprise aux spectateurs. Parce que le hip-hop était à la fois chorégraphié, mis en scène avec une véritable création musicale.

Donc c’est un spectacle qui a aussi marqué le public et qui a fait le tour du monde. Je crois que chacun de mes spectacles a eu une approche un peu nouvelle. Après c’est toujours difficile de comparer une pièce à l’autre. Terrain vague par exemple où j’avais intégré des circassiens avait aussi surpris par ce rapprochement cirque, danse ; Agwa, le spectacle que j’avais fait avec les brésiliens, là aussi avait eu un moment de surprise avec cette énergie brésilienne, cette générosité des danseurs avait aussi touché les spectateurs. Je pense que l’aventure Pixel a peut-être élargie le public, c’est-à-dire qu’on a eu un public qui s’intéresse aux nouvelles technologies. Ce dispositif a intéressé un plus grand nombre qui a dépassé le public de la danse.

Combien de temps vous aura-t-il fallu pour monter Pixel ?

J’ai répété avec les danseurs 4 mois. C’tait le temps minimum, parce que c’est un projet extrêmement ambitieux et lourd. Quand on travaille avec du numérique ça demande beaucoup de technique et faire le lien entre la danse et la technique c’est vrai que ça a été un gros job.

Vous avez sans doute des visages, des souvenirs des sons qui vous inspirent dans la création de vos oeuvres. Pouvez-vous nous en parler ?

Les images qui m’inspirent, qui me plaisent, qui me marquent, ce sont des images comme cet univers de Chaplin, Buster Keaton, tous ces artistes incroyables me touchent beaucoup. Ils sont très inventifs, surprenants. Pour ne citer qu’eux.

Quel est votre objectif avec l’immense travail de création que vous faite ?

Ce qui me plait c’est d’apporter un peu de poésie dans ce monde de brutes, c’est de faire un petit peu rêver le spectateur, c’est d’apporter une images autre que celle que malheureusement certains médias mettent en avant, notamment des gamins de banlieues. L’idée de dire qu’aujourd’hui dans les quartiers français il y a une énergie qui peut être positive qui ne demande qu’à être soutenue, accompagnée, regardée, encouragée me plait. Donc au travers de mon travail c’est un peu d’espoir, parce que les danseurs que l’on voit sur les planches dans mes spectacles bien souvent c’est des jeunes issus des quartiers, qui ne sortent pas du conservatoire mais qui ont des choses à dire et à partager avec le plus grand nombre. Donc voilà si je peux continuer à apporter cette énergie là à la société je serai ravi bien sur.

Question un peu naïve : la vie sans la danse, c’est possible ?

C’est comme tout, on sait pas… (rire)… mais en tous cas moi je suis heureux du métier que je fais aujourd’hui. Ça m’aide à grandir, à partager ma sensibilité avec l’autre, ça m’emmène à mieux comprendre notre monde. Voilà, c’est un métier passionnant qui n’est pas toujours facile mais sur lequel on apprend énormément de l’art, des gens, du monde.

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