Une œuvre d’art est-elle nécessairement belle ?

Zekesutter par Allison Crouch. Source designboom.com

La création transcende la beauté superficielle des apparences

L’épreuve de philosophie des baccalauréats ES est composée de 3 sujets coefficient 4 cette année. « Une œuvre d’art est-elle nécessairement belle ? » demande l’un des 3. 

L’interrogation ne doit pas être traitée de façon fermée. Le sujet répond aux critères de sélection habituels pour le choix de problématiques en philosophie. La matière exige réflexion et ouverture d’esprit face à l’ambiguïté des thèmes traités. Une réponse refusant complètement l’avis opposé est un signe d’absence de sagesse. Longtemps, notamment chez les grecs, l’art se devait d’être Beau. Ainsi, les proportions devaient être justes, et la représentation en symbiose avec son modèle. Selon l’opinion commune, l’art est définit par sa beauté. Celle-ci jaugerait sa qualité. L’art est l’empreinte d’un esprit en libération déposant une trace authentique. En réalité, la subjectivité surnaturelle de l’art construit son esthétique en béton armé. Certes, l’attirance est humaine et inévitable. Ainsi l’art plaît ou déplaît. Cependant, dans tous les cas l’art touche. Un contemplateur reste indifférent, devient méprisant, un autre commence avec admiration puis développe des sentiments. Certains adulent des créations humaines. L’infini pêle-mêle de nuances incompréhensibles flotées par l’art et la philosophie interroge sur les limites de l’art.

Vue d’une exposition d’Amaury Dubois – source amory-dubois.com

 

Le Beau dans l’art, un critère personnel

Une œuvre d’art fait réagir les âmes, ne serait-ce seulement par une indifférence sans saveur teintée d’un désintérêt choisi. Devant des photographies certains Hommes s’ébahissent, d’autres s’ennuient. Mais une création nous fait penser à un objet, un événement, une personne. La puissance suggestive d’une création fait d’elle une œuvre d’art. Picasso renie la technique après l’avoir maîtrisée, adoptée et dressée. Il rejette les conventions du figuratif et le réalisme. Maître connu et reconnu, Pablo Picasso travaille sur l’invisible. Devant un visage picassien, sans reconnaître une personnalité, on sent des tortures passionnées dans des caractères versatiles. Chacun comprend et ressent des émotions différentes face aux fameux visages devenus cultissimes. La Beauté est le premier choix des amateurs d’art et des artistes désirant un joli résultat. En effet, si l’on représente un beau sujet, seule la méthode de l’artiste interfère dans la grâce du résultat. Prenons un paysage, à l’instar d’un paysage magnificent il est compliqué de faire un beau tableau d’un paysage ordurier. Donc le sujet d’une création, s’il est ingrat, présente un défi plus grand pour l’artiste. Toutes les émotions ne sont pas nobles et ensevelies de joies. Pour dépeindre le monde il faut retranscrire de tout. Montrer un visage repoussant c’est chercher à diversifier le ressenti du spectateur, c’est se donner le défi de le remuer sans l’infaillible charme d’une beauté concrète dans les formes. Une œuvre d’art n’est jamais belle pour tout le monde, tout le monde ne trouve pas belle une même œuvre. A chacun sa sensibilité à l’art, une œuvre correspond toujours plus à une personne en particulier.

Exposition « Art Afrique/Le nouvel atelier. Photo Lisa Connan / KINGZ.FR

 

L’art ou le désaccord réunificateur

« L’art sauvera le monde » dit Fiodor Dostoïevski. Personne ne se sent pareil face à une oeuvre. L’art sépare les visions et réunit les passionnés. Parfois dénonciateur et violent, comme Guernica de Picasso, l’art ne s’arrête pas au conflit. C’est l’expression-même de nos différents. Chacun est cloîtré dans sa subjectivité avec une ouverture sur une imagination très variable d’un être à l’autre. Toute œuvre fait ressortir cette évidence : tout accord parfait des perceptions est inconcevable. Chacun est à sa place et ne peut pas s’en défaire, l’art rend le conflit absurde par sa nature contraire à la symbiose parfaite de deux subjectivités. Sa beauté réside avant tout dans son humanité. L’artiste ne cherche pas à être compris mais à se connaître lui-même. Sa quête principale est la transmission par l’expression de son âme. L’art est franc et noble, il brille par les valeurs pesant sur ses épaules. L’artiste n’est soumis à aucune contrainte sinon celle d’être fidèle à ses envies créatrices. Aucune obligation ne l’entrave, tout comme chacun est libre de comprendre son œuvre à son propre gré. Certaines œuvres surprennent, d’autres font office de publicité ou de propagande, d’autres incitent à réfléchir ou à agir. L’art affûte les consciences sociales et politiques des peuples, mais aussi les intelligences sensibles des individus.

Une œuvre d’art n’a nul besoin essentiel d’être belle. Cependant, le Beau est l’un des critères choisis par un artiste pour créer. Malgré tout, la création transcende la beauté superficielle des apparences.

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