Andrey Samarin : « À l’âge de cinq ans, j’ai visité un studio d’art, et cela a été une révélation »

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On a discuté avec l’artiste russe Andrey Samarin. Dessinateur de génie aux coups de crayon magiques, Andrey enflamme les réseaux sociaux depuis des années avec ses œuvres à la fois sensuelles, poignantes et poétique. Ses débuts, son univers artistique, son processus créatifs, ses « maitres », Andrey Samarin nous dit tout dans cette interview exclusive. Sa première à un média français.

Les millions des gens dans le monde connaissent votre travail et votre nom. Mais très peu savent qui vous êtes. Pouvez-vous vous présenter ?

Avec plaisir ! Je m’appelle Andrey Samarin, je suis un artiste peintre et dessinateur. Je vis et je travaille dans une petite ville très agréable au sud de la Russie. Je suis né ici, à Stavropol où je vis toujours.

J’enseigne dans mon propre studio d’art que j’ai fondé en 2003. J’ai une merveilleuse femme et trois beaux enfants: deux garçons et une jeune fille.

Comment êtes-vous devenu l’artiste que vous êtes aujourd’hui ? Vous avez étudié l’art ?

Bien sûr! Toute ma vie, j’ai appris comment dessiner. À l’âge de cinq ans, j’ai visité un studio d’art, et cela a été une révélation. C’est la raison pour laquelle je me suis dirigé vers des études artistiques et que j’ai obtenu mon diplôme à l’Académique d’art de Russe.

J’ai aussi une formation en psychologie, ce qui me permet d’ approfondir ma compréhension des Beaux-Arts mais aussi la communication avec les autres.

Ce que vous faites avec un crayon est vraiment impressionnant! Pouvez-vous nous parler du processus de création de vos dessins ?

Chaque dessin est réfléchit et mûri en moi pendant longtemps. Parfois j’ai l’impression de dessiner spontanément. Mais en fait, le résultat réel de mes dessins est une combinaison de circonstances et d’impressions. Certaines idées prennent plus de temps à se concrétiser, des mois, parfois des années. Je pense que c’est le même processus pour tous les artistes. Quand on sent que l’inspiration est présente, c’est un signe que le dessin est prêt à apparaître sur papier. Dans ces moments là il faut se concentrer non seulement sur l’impulsion, mais aussi et généralement sur la technique. En gros il il faut savoir dessiner! Pour vous décrire le processus créatif précisément : je prends le crayon dans une main et je suis les méthodes académiques du dessin. Premièrement, je travaille sur la composition : c’est une étape nécessaire et majeure. La perception d’une œuvre dépend de la construction de la composition. J’essaie de visualiser le résultat avec mes yeux ainsi qu’avec des yeux de spectateurs.

Après, je construis les lignes et je sépare les grandes ombres et les grandes surfaces éclairées. Ensuite, je travaille sur les pénombres, demi-teintes et autres détails. Le dessin est toujours construit en commençant du plus grand vers le plus petit détail. C’est un aspect important quand on dessine.

Dans un article sur KNGZ.fr notre journaliste écrivait : « Les œuvres minimalistes de l’artiste russe Andrey Samarin reflètent tendresse et douceur, calme et beauté, érotisme et sensualité. » Qu’en pensez-vous ?

Je trouve que c’est la raison pour laquelle j’aime la France. Mes travaux sont très divers et vont de l’art anatomique aux portraits psychologiques. De plus, je dessine beaucoup de nue. Disons qu’en Russie les gens sont attirés par le portrait, alors qu’en France par exemple, ils apprécient l’anatomie. Il y a un grand intérêt pour cette matière. Je suis flatté que ce soir en France que mes œuvres sur la beauté du corps féminin soient décrites ainsi. C’est un grand plaisir.

Vous présentez le corps d’une façon très poétique. C’est une source de l’inspiration pour vous ?

Certes, c’est une source d’inspiration, mais en priorité c’est un objet de recherches. Le but d’un artiste, c’est d’explorer et de refléter la vie à travers ses œuvres. Avec intérêt, j’étudie le corps humain comme une source d’information indispensable. La beauté m’inspire, mais quand on essaies de la poser sur papier, on approfondit l’étude de la construction et de la forme. On pénètre dans l’essentiel de sa structure, en sentant la liaison entre la forme et le temps. Cela répond à plusieurs questions sur la nature humaine, fait découvrir les aspects psychologiques. Mais tout commence par la beauté. 

Comment décririez-vous le corps idéal, si tant est qu’il existe ?

Un peintre est toujours intéressé par les différences. Si on parle d’un corps idéal, il faut le positionner du point de vue de la fonction. Le corps se développe en lien avec les conditions du milieu social. Dans les différentes régions de la planète, il y aura différentes perceptions d’un corps parfait. Ils seront cependant tous beaux et charmants. Le but d’un artiste, c’est de trouver ces différences et les montrer. 

Vos dessins sont-ils réalisés à partir de modèles ?

Oui, chaque semaine, un modèle nu pose dans mon studio. Parfois, je fais un graphique basé sur les photos où j’invente le sujet, mais un modèle est indispensable pour certaines oeuvres.

La plupart de vos dessins est en noir et blanc. Vous n’aimez pas les couleurs ?

Avant je pratiquais la peinture abstraite et réaliste. Maintenant, je peins rarement. Mais j’aimerais reprendre la peinture abstraite. J’ai d’ailleurs acheté des toiles de grand format.Elles attendent leur heure.

Quelles sont vos sources d’inspiration ?

Le monde est une véritable source d’inspiration. Chaque personne, chaque regard, chaque silhouette, des mains, une perspective, le reflet de la lumière sur un objet, le souvenir du passé, un rêve, même une odeur ou la musique sont autant de sources de création. Parfois, l’inspiration est si forte qu’on peut tout laisser de coté et commencer à dessiner. Quand le monde offre un moment pareil, je dois lui répondre avec un dessin. C’est un moment d’ échange entre moi et l’univers. C’est un moment que j’appelle « Acte de l’art ». 

Existent-ils des artistes qui ont influencé la construction de votre univers artistique ?

Dans ma ville natale, il y avait un peintre magnifique qui s’appelait Pavel Gretchichkin, ses œuvres m’impressionnaient, la communication avec lui a eu un grand impact sur mon avenir artistique. Il était un véritable peintre! L’amour de la peinture m’a été inculqué par mon professeur à l’école d’Art, Yuriy Bondarenko. Il m’a appris à dessiner, il a formé ma compréhension du dessin constructif (le graphique). J’avais de la chance d’être dans sa classe. Si on choisi parmi les peintres internationaux du passé, c’est Leonardo da Vinci, Albrecht Dürer, Ilia Répine, et le peintre de l’abstraction Jackson Pollock. J’aime également la composition élégante de Giorgio Morandi. Les dessins d’Alexandre Daineka et de Nikolaï Fechine m’ont appris certaine méthodes de travail,

Egon Schiele m’a aussi beaucoup influencé. Parmi les peintres modernes j’apprécie les oeuvres d’Andrey Kartashov et de Nikolay Blokhin (Николай Блохин http://www.nikolai-blokhin.com/). Aussi, j’aime bien la manière dont Steve Huston dessine le corps humain.

Quel artiste du passé auriez-vous aimé rencontrer ?

C’est un choix difficile. Je choisirais entre Ilia Repine et Nikolai Fechine, peintres qui décrivaient le mieux le regard, mais je reste sur Leonardo da Vinci.

Vous publiez souvent des Vidéos time-lapse, démontrant la réalisation de vos dessins en quelques secondes. Combien du temps passez-vous à créer vos ouvres ? Quelques jours, des semaines, des mois ?

Si on parle de la construction du dessin, je passe entre quinze minutes et deux jours. Pour un time-lapse, j’enregistre 30 minutes en moyenne, et ensuite je l’accélère pour qu’il corresponde au format d’Instagram.

Comment expliquez-vous votre succès sur Internet ? 

Depuis un an et demi je gère mon compte sur Instagram, où je publie mes œuvres. Chaque jour de grands sites dédiés à l’art partagent mes dessins. De là, ils partent dans le monde entiers. La qualité du contenu, c’est le facteur majeur qui influence la diffusion sur Internet. Si vous voulez que votre travail soit partagé, il doit passer par la sélection. 

Pensez-vous qu’Internet a influencé le travail des artistes aujourd’hui ?

À mon avis, le progrès technique a de l’influence sur l’art et vice-versa, c’est essentiel!

Vous êtes d’accord sur le fait que le dessin devient populaire à nouveau grâce aux médias sociaux ?

Oui, notamment grâce aux médias sociaux et visuels, comme Instagram. L’échange d’informations passe plus vite qu’avant, c’est devenu facile de voir les œuvres et d’apprendre à dessiner. Grâce aux réseaux sociaux, l’illustration et le digital-art, sont devenus plus populaires. Savoir faire de l’illustration demande des compétences en dessin. Le dessin académique, c’est une base, grâce à laquelle les autres techniques peuvent être apprises. 

Vous êtes ainsi professeur d’Art. Pouvez-vous nous en parler ?

Oui, cela fait 15 ans que je dirige un studio, le mien. C’est le premier projet de ce type en Russie. En 15 ans, j’ai formé seize mille élèves. Mes étudiants sont de tout âge, des enfants et des adultes. Ils apprennent l’art réaliste avec moi, et après, ils se lancent dans leurs propres projets. Ces dernières années, j’ ai enseigné le dessin académique parce que je me suis épris de cette tendance. L’enseignement de la peinture et du dessin sont deux choses incompatibles, ce sont deux choses complètement différentes. 

La peinture est présentée sous une forme d’art-trainings organisé en quelques cours, pendant lesquels mes élèves peignent des paysages, des fleurs et des natures mortes, à l’huile. Parfois, les cours de peintures sont donnés en plein air. Le dessin est un processus long, sérieux et profond. J’ enseigne mes élèves en suivant mon propre programme, basé sur les traditions académiques. Dans ces groupes, vous trouverez des débutants, ainsi que des peintres de tout niveau, qui veulent progresser. On passe six mois à étudier la construction d’une tête, et encore six mois pour dessiner un corps. L’étape suivante, c’est le travail avec des modèles nus. Les gens viennent de l’étranger et d’autres villes de Russie pour apprendre à dessiner, c’est pourquoi j’ai enregistré les cours en format vidéo cette année, qui sont vendus en russe et bientôt traduits en anglais et en chinois.

Selon votre expérience de professeur, existe-il des différences de perception, ou d’inspiration chez les différentes générations ?

Sans doute, les différences sont très visibles. Je prends un exemple dans l’enseignement. Premièrement, la capacité d’apprentissage est variée en fonction de l’âge. Les enfants commencent à apprendre des techniques académiques, depuis que le format vidéo s’est développé. Quand ils seront plus intéressés par les films que par les bandes dessinés, on pourra commencer à étudier la forme, la construction, le clair-obscur et tout ce qui a un lien avec le volume. Ensuite, à l’ adolescence, si un jeune peintre a le regard artistique développé, l’information s’absorbe vite rendant l’apprentissage plus efficace. Jusqu’à l’âge de vingt-cinq ans le rythme effréné d’apprentissage reste le même. Ensuite, il y a la période où la personne a déjà formé son individualité, ça devient alors plus compliqué de changer ses habitudes, compétences et credo. Dans ce cas, on ne parle pas d’apprentissage, mais de recyclage, ce qui doit être contrôlé plus délicatement. Cette période dure jusqu’à cinquante ans. C’est pourquoi c’est plus impressionnant lorsqu’un individu après 50 ans évolue, gagne la possibilité d’ajouter de nouvelles connaissances aux anciennes. Beaucoup de personne entre 50 et 60 ans sont assez efficaces dans cette apprentissage. De plus, si on parle de la perception et de l’opinion, les adultes sont plus conservateurs, alors que les jeunes sont plus francs (libres). En Russie, c’est nettement visible. Je suis sûr que ces différences servent au bien du progrès. J’espère que la nouvelle génération sera mieux que la nôtre dans tous les domaines (quoique la nouvelle génération est déjà mieux dans tous les domaines que nous).

Comment participer à vos cours ?

On a des cours presque chaque jour, les soirs, et les week-ends, on peint toute la journée. Nous avons différents formats de cours : cours annuels, cours intensifs et cours occasionnels où on fait des dessin de modèles. Pour pouvoir participer aux cours, il faut s’inscrire dans un groupe. Si la personne vient de l’étranger, on trouve des arrangements. Les élèves devront louer un appartement non loin du studio et participer ainsi chaque jour à n’importe quel cours. 

Pouvez-vous nous expliquer à quoi ressemble une de vos journées de travail ?

Ma vie est définitivement très rythmée. Le matin, je vérifie mes e-mail et les réseaux sociaux, je regarde les nouvelles et les publications de mes œuvres. Je reçois beaucoup de messages de personnes qui veulent apprendre ou qui veulent commander un dessin. Souvent ce sont des centaines de messages que je reçois, c’est pourquoi la réactivité est un part de ma vie. Ensuite, comme d’habitude, je dessine à la maison sur mon chevalet ou avec mes enfants. La première moitie de la journée se passe au logis. Sans doute, le dessin prend plus du temps dans la journée. Après je prépare les cours au studio, je fais les courses, j’achète les matériaux nécessaires pour dessiner, forme les groupes et élabore le programme (horaires et des thèmes). Le soir de 18 à 20 h, j’enseigne au studio, tous les jours sauf le vendredi. Le samedi et le dimanche, je passe les jours entiers au studio, c’est le moment le plus chargé mais le plus intéressant. Avant de me coucher, je dessine un peu, mais parfois ça peut durer toute la nuit.

Si vous deviez intégrer un mouvement artistique du passé, quel mouvement choisiriez-vous ?

Le dessin académique exprime les traditions, c’est-à-dire qu’il a une longue histoire dans le passé. Quand je regarde le graphique de Leonardo da Vinci, j’ai l’impression que ses dessins sont hors temps. Ce sont des valeurs éternelles, qui seront toujours désirées par les hommes. Je pense que j’aurais travaillé le dessin comme aujourd’hui, mais ces dessins refléteraient une autre époque.

Avez-vous une exposition de prévue prochainement ?

Vous avez à l’esprit l’exposition comme un évènement publique. (en effet la question est rhétorique )

Non, je n’organiserai pas de telles expositions. Dans mon studio, il y a une exposition permanente, donc je ne ferais pas des expositions ailleurs. A présent, je passe beaucoup de temps à enseigner et à découvrir Internet. Le monde a qualitativement changé, je mets en priorité la possibilité de publier les dessins sur Internet où ils seront vu par des millions de gens. De plus, j’ai reçu récemment la proposition d’une exposition personnelle en France, mais j’ai refusé, car j’étais occupé à travailler les cours sur internet. Mes œuvres peuvent être trouvées sur l’internet à New York. En plus des impressions sur toiles mes dessins sont aussi vendus au Royaume-Uni. Pour l »instant, c’est assez, peut-être que j’organiserais des expositions plus tard. Pour réaliser cela, j’ai besoin d’avoir du temps libre. Je comprends bien que voir le dessin en vrai est esthétiquement fort et un plaisir incomparable.

Votre message au monde ?

J’appelle tous les hommes à l’intégration. Le dessin, c’est un langage universel, pareillement compréhensible pour tous quelque soient leurs localisation, religion, couleur de peau. Quand je publie mon art, je vois comment les frontières sont transcendées et tout le monde s’accorde sur un même langage artistique. Nous avons beaucoup de choses en commun, nous sommes tous semblables. Rappelons-nous toujours de ça !

Interview traduite du russe par Eugene Tishkov 

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