Banksy, l’artiste anarchiste, interroge l’ironie du marché de l’art

“The Girl and Balloon” de Banksy suite à son autodestruction

Un évènement hors-norme s’est récemment produit. Alors que le marteau d’un commissaire-priseur londonien venait de frapper pour annoncer la vente d’une œuvre, cette dernière s’est soudainement autodétruite. Il s’agit en effet bien de l’œuvre « Girl with Balloon » du célèbre street artiste Banksy, devenu une figure incontestable de la scène urbaine. Cet évènement vient interroger les limites du marché de l’art.

Un jour qui devait être comme les autres pour le marché de l’art s’est avéré être marqueur de son histoire. Lors d’une vente aux enchères à Sotheby’s à Londres, la célèbre œuvre « Girls with Balloon » a laissé place à la stupéfaction générale. Alors que sa vente venait d’être adjugée à 1,042 million de livres, soit 1,185 million d’euros, l’œuvre s’est tout d’un coup décomposée en fines lamelles. Une même question pouvait alors se lire sur les lèvres des personnes présentes : comment cela a t-il pu arriver ? La réponse n’a su se faire attendre, puisque quelques minutes plus tard c’est l’artiste lui-même qui a avoué être à l’origine de cette mascarade.

Banksy : l’artiste anarchiste

Banksy, graffeur londonien, est réputé pour son art urbain engagé et ironique, mais pas seulement. Son identité est un véritable mystère pour tout le monde. Alors que ses œuvres sont présentes sur nombre de murs de différentes villes, aucune personne ne pourrait témoigner avoir un jour vue l’artiste à l’œuvre. Ce fonctionnement fait de lui un véritable mythe urbain. Un mythe urbain qui en plus s’attelle à mener un combat anarchiste. « Il vient perturber le système, le critiquer, le prendre à contre-pied » explique Arnaud Oliveux, spécialiste Art contemporain et Urban Art chez Artcurial et commissaire-priseur. Il dénonce en effet dans ses œuvres de multiples problèmes sociétaux, tels que l’impérialisme américain, le sort des réfugiés ou encore le consumérisme. Il sait parfaitement manier la réflexion en mêlant la beauté de la poésie avec la noirceur de la politique. Dernièrement, il a fait parler de lui pour s’être joué du marché de l’art.

« Il y a quelques années j’avais en secret incorporé une déchiqueteuse à papier dans la peinture, pour le cas où elle serait mise aux enchères », avoue l’artiste dans une vidéo qui explique le désormais destin de son œuvre « Girls with baloon ». C’est un véritable tsunami qui a eu lieu lors de la foire londonienne de Frieze. L’œuvre venait à peine d’être achetée, qu’une alarme s’est tout d’un coup déclenchée pour annoncer son autodestruction. Le galeriste parisien, Medhi Ben Cheikh, fondateur de la galerie Itinerrence a confié à l’AFP que l’acte du street artiste s’inscrivait « dans la même veine que sa performance de New York, qui interroge et critique les limites du marché de l’art ». Il y a quelques années alors que les œuvres de Banksy s’arrachent à des centaines de milliers d’euros, l’artiste lui-même décide d’installer un stand dans Central Park pour vendre vingt de ses œuvres pour une modique somme de 60 dollars. Ces deux actions viennent interroger l’ironie du marché de l’art en dénonçant sa spéculation délirante.

Banksy

Morons – Banksy

Ironie du marché de l’art

Depuis ses débuts dans des années 90, Banksy s’attaque à dénoncer le côté paradoxal du marché de l’art. En 2015, la maison Digard Auction avait vendu aux enchères l’œuvre « Morons » de Banksy. On pouvait y observer un commissaire-priseur lors d’une vente aux enchères. Ce dernier s’apprêtait à vendre une œuvre assez atypique, puisque qu’elle ne représentait qu’une simple feuille blanche sur laquelle on pouvait y lire : « Je n’arrive pas à croire que vous achetiez cette merde, abrutis ». Une attaque directe à la spéculation du marché de l’art, et à ses ventes aux enchères qui atteignent des prix exorbitants. « C’est l’esprit corrosif de Banksy qu’on retrouve dans cela : critiquer, dénoncer les excès d’un système, d’une société. Le Happening de Central Park allait déjà dans ce sens, vendre ou plutôt ne pas vendre des œuvres originales à quelques dizaines de dollars. On est en plein dans la « Société du Spectacle » dont parlait Guy Debord » explique Arnaud Oliveux.

Aujourd’hui, l’artiste frappe encore plus fort avec sa performance créative lors de la vente aux enchères à Sotheby’s. « C’est certainement la première fois dans l’histoire de la vente aux enchères qu’une œuvre d’art se déchiquette automatiquement après être passée sous le marteau » a réagi la maison d’enchère. Ce coup de grâce, qui risque de ne pas se faire oublier de sitôt, étonne davantage puisque la valeur de l’œuvre « Girls with Baloon » a grimpé. « Il a pris tout le monde à son jeu, réalisant en direct une autodestruction qui va au-delà, car il a créé une nouvelle œuvre exposée ce week-end d’ailleurs comme un nouvel objet. Il critique par ce geste la spéculation sur ses œuvres, et plus largement sur les œuvres sur le marché de l’art » souligne Arnaud Oliveux.

Néanmoins, le comportement de Banksy interroge. Pourquoi ne pas avoir détruit la totalité de l’œuvre ? Est-ce volontairement pour permettre à l’œuvre de prendre de la valeur, et donc à l’artiste aussi, ou seulement pour interroger l’ironie du marché de l’art ? Coup de pub ou véritable provocation ?

Une oeuvre de Lucio Fontana

Canular ou satire ?

La récente performance créative du street artiste fait un rappel à l’artiste italien Lucio Fontana. Connu dans les années 60 pour avoir tailladé ses tableaux à l’aide d’un cutter, il avait pour but de transformer ses toiles en objet à trois dimensions. Ses œuvres se sont après ça arrachées à prix d’or. Cette similarité peut laisser planer des doutes quant au réel but de Banksy. Voulait-il reproduire ce qu’avait fait Lucio Fontana afin que ses œuvres gagnent en valeur, ou souhaitait-il réellement pousser à son paroxysme les limites du marché de l’art ? Canular ou satire ?

Le commissaire-priseur Arnaud Olivieux explique que « Banksy est un agitateur artistique, il vient perturber et défier le système, l’institution. Et dénoncer les pratiques de spéculation dont il bénéficie par ailleurs. Mais en détruisant partiellement l’œuvre, il a sans doute voulu contrer cela en disant, vous voyez même détruite en partie, cette œuvre vaudra plus qu’en état parfait. Le coup est bien réussi. » Malgré l’opposition de l’artiste à ce marché d’argent, il n’a pas d’autre choix que de l’affronter. Et plutôt, que de se soumettre à ce mode de fonctionnement, il préfère en jouer et le pointer du doigt. La mondialisation a entraîné le pouvoir de l’argent, et ce dans tous les secteurs confondus. Aujourd’hui, tout s’achète et tout se vend. L’artiste londonien continu alors de s’inscrire dans un combat engagé qui mêle à la fois poésie et politique. Quelques fois ses actions peuvent mener à des doutes, mais elles ne perdurent jamais bien longtemps puisqu’il ne cesse de mettre en avant sa critique du système à travers son amour pour la satire.

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