Photographie : James Nachtwey, témoin de la cruauté de l’Homme

Territoires palestiniens occupés, Cisjordanie, 2000 © James Nachtwey Archive, Hood Museum of Art, Dartmouth

En réinventant le photojournalisme traditionnel, James Nachtwey s’est imposé comme le successeur de Robert Capa. Ses clichés ont le pouvoir de nous immerger dans les différents conflits des quarante dernières années. Aujourd’hui, est organisée à la Maison européenne de la photographie, à Paris, la plus grande rétrospective jamais dédiée au travail du photographe. Une exposition à voir jusqu’au 29 juillet.

« J’en ai été le témoin, et ces images sont mon témoignage. Les événements que j’ai enregistrés ne doivent pas être oubliés ni répéter. » Ces mots sont ceux de James Nachtwey. Aujourd’hui âgé de 70 ans, cet homme est considéré comme l’un des plus grands photographes de guerre. Depuis plus de trente ans, il sillonne la planète, non pas pour photographier des lieux touristiques, mais pour photographier les massacres de quasiment tous les conflits de la dernière décennie : la guerre en Afghanistan, en Irak, le génocide du Rwanda, la famine en Somalie, les Balkans, la Bosnie-Herzégovine, la Roumanie, et tant d’autres encore.

Antonin Kratochvil

© James Nachtwey par Antonin Kratochvil

Naissance d’un gardien de la paix

Né à Syracuse dans l’État de New York, James Nachtwey débute sa carrière de photographe dans l’une des plus prestigieuses écoles des États-Unis : Dartmouth College. C’est en travaillant pour l’agence Black Star que cet homme se fera un nom dans le secteur du photojournalisme. Alors que les tensions ne cessent de croître à Belfast en 1981, James Nachtwey est appelé pour couvrir cette actualité. Ce moment signera le commencement de sa carrière à l’internationale.

Il explique souvent que c’est lors de la guerre du Vietnam et de la lutte pour les droits civiques que son envie de devenir photographe s’est forgée. « Ce que j’ai vu de cette époque m’a profondément influencé et a forgé mes opinions. Je n’ai pas tout de suite réalisé ni pris la décision de devenir photojournaliste, mais j’ai compris le pouvoir de l’image » a t-il souligné lors d’une interview avec Polka Magazine

James Nachtwey

Bosnie-Herzégovine, Mostar, 1993 © James Nachtwey Archive, Hood Museum of Art, Dartmouth

Le pouvoir de l’image

Dans les années 60, James Nachtwey comprenait le pouvoir de l’image. Alors que les chefs militaires et politiques tentaient de manipuler les citoyens en leur donnant de fausses informations sur les conflits de cette époque, les photographes détenaient la vérité grâce à leurs images. Il ne le savait pas encore à cette époque, mais en décidant de faire confiance à ces professionnels, il était en train de commencer à construire son avenir.

La photographie documentaire est, pour James Nachtwey, un moyen de donner une voix à ceux qui n’en auraient pas le droit. Le processus de libération de la parole commence donc sur le lieu de la captation des images. Passé cette première étape, ces photos doivent apparaître quelque part pour qu’elles aient une portée. L’endroit le plus propice pour les diffuser semble être alors les grands médias afin que le plus large public possible puisse voir pour savoir. Car, pour le photographe, « quand un sujet est dans l’œil des médias, cela peut aider à mettre plus de pression sur les politiques. Et parfois, ils peuvent se sentir obligés d’agir. C’est le rôle essentiel de la presse, selon moi. » Ainsi, la photographie documentaire a le pouvoir de changer le cours de l’histoire, et peut-être un jour de faire disparaître la guerre.

James Nachtwey

Kosovo, 1999 – Tearing a poster of Milosevic – © James Nachtwey.

Une vie pour la paix

James Nachtwey a consacré sa vie entière à son métier. Il a été l’observateur, mais aussi le témoin des pires atrocités ayant eu lieu dans le monde au cours de la dernière décennie. Entre injustice, violence, douleur ou encore mort, les clichés capturés par ce photographe témoignent de la cruauté de l’homme. « Mes rêves sont des cauchemars qui ne m’abandonnent jamais. Je porte ces horreurs avec moi et elles me hantent. Ce métier est un fardeau. Il faut être prêt à encaisser tout ça » a-t-il expliqué à Polka Magazine.

C’est grâce à sa force morale et ses engagements sociaux que cet homme a réussi à tenir tête à tant d’horreurs. Il l’a souvent répété, son seul but est de faire vivre la paix. Cependant, face à l’inhumanité de l’homme, la paix est un combat sans fin.

Icône du photojournalisme, James Nachtwey est reconnu dans le monde entier comme le successeur de Robert Capa (célèbre photographe connu pour avoir couvert la guerre civile espagnole, mais aussi le Débarquement de 1944). Ses photos, belles et puissantes, aux effets presque cinématographiques, sont différentes des clichés traditionnels de presse. Elles sont frappantes, car elles se placent au cœur de l’action. Ainsi, elles nous permettent d’être au plus près du sujet.

James Nachtwey

© James Nachtwey

Un travail honoré

Ce photojournaliste a remporté de nombreux prix et récompenses mondialement connu. Il a obtenu cinq fois le Robert Capa Gold Medal, deux fois le World Press Photo Award et sept fois le titre de Magazine Photographer Of the Year… Aussi, le réalisateur et producteur, Christian Frei, a réalisé un film « War photographer » dans lequel James Nachtwey est le héros. En ayant placé une petite caméra sur l’objectif de l’appareil photo, Christian Frei nous donne l’impression d’être à la place du reporter.

Aujourd’hui, les incroyables clichés de James Nachtwey sont honorés à la Maison européenne de la photographie grâce à l’exposition « Memoria ». Elle est la plus grande rétrospective jamais dédiée au travail du photographe. En plus de nous plonger instantanément dans l’univers de la guerre, elle permet une réelle réflexion sur ce thème.

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