Kiosques parisiens, un renouveau nécessaire ?

 

Présentés au Conseil de Paris en Mai 2016, les nouveaux kiosques de presse parisiens ont beaucoup fait parler d’eux. Le projet de renouvellement de ces kiosques, mis en oeuvre par MediaKiosk, une filiale de JCDecaux qui gère ces espaces de vente, avait initialement déclenché de féroces critiques a son égard. Pour cause, un nouveau design qui divise : la modernisation de ces kiosques entrainera le remplacement entre les étés 2017 et 2019 de 360 de ces structures, jugées inaptes a subvenir a la fois au confort des kiosquiers et à la baisse inexorable de la vente de presse écrite.

Alors qu’une première esquisse de ce à quoi ces nouveaux kiosques pouvaient ressembler avait vu le jour au début de l’été 2016, une pétition mise en ligne par Juliette L. dénonce le manque flagrant de considération pour ce mobilier urbain classique, issue de l’ère Haussmanienne. Aujourd’hui sa pétition, mise en ligne sur le site change.org, rassemble plus de 58 000 signatures. Son but, sensibiliser au charme de ces anciens kiosques qui sont partie intégrante au charme de la ville de Paris, alors que la prochaine génération de kiosques relèverait sans doute plus de boutiques sans substance, ni rapport avec le paysage urbain parisien.

Tout d’abord, un peu d’histoire.

Gabriel Davioud, architecte des Parcs et Jardins sous Napoléon III, est le concepteur original de ces structure. En 1857 il conçoit une grande partie du mobilier urbain parisien, dont des petits kiosques de presse censés remplacer les baraques des premiers marchants de journaux, construits entièrement en fonte de fer. Petits mais issus d’un souci de modernisation du mobilier urbain et de la condition sordide des marchants de journaux, ces nouveaux kiosques se répandent petit a petit.

En 1859, ils sont une nouvelle fois remplacés par des édifices plus imposants, et portant fièrement le dôme de zinc et la petite flèche qui semblent si chers aux aficionados de l’élégance du mobilier parisien d’aujourd’hui. Il faut toutefois noter que le changement de ces structures, avant d’être issus d’une volonté esthétique, étaient issus d’une volonté de l’administration publique d’améliorer la condition déplorable de certains marchands de journaux de l’époque : une considération qui n’est pas sans faire écho au raisonnement de l’actuelle Mairie de Paris.

Depuis et grâce a au développement de la presse a grande distribution dans le courant du XXe siècle, ces kiosques sont devenus intimement liés au patrimoine parisien. Le kiosque se fond alors dans l’environnement et l’animation de la vie boulevardière. Illuminés, propageant une ambiance chaleureuse le soir, les kiosques deviennent des noyaux de la vie et l’actualité parisienne. Il s’agit de forums modernes autour desquels circulent conversations, émotions, et même parfois, des paris hippiques illégaux.

Quoi qu’il en soit, la plupart des kiosques modernes sont une réédition du concept de Davioud, repris et modernisés dans les années 1980 sous la mandature de Jacques Chirac. Il s’agit depuis de structures mêlant métal, plastique et verre, habillés de leur décor Napoléon III, dessinés par un architecte des services départementaux de l’architecture et du patrimoine (SDAP, renommés Services Territoriaux de l’Architecture et du Patrimoine en 2010). Toutefois, bien qui fidèles au concept initial de Davioud, ces structures restent étroites et dépourvues de chauffage et de toilettes pour les kiosquiers.

Une situation économique tendue, un renouveau nécessaire ?

Bien qu’accueillie avec un certain scepticisme, le renouvellement du parc des kiosques parisiens n’est pas sans raison. Depuis l’avènement de l’ère digitale et la croissance du support numérique comme moyen d’information, les points de vente de presse écrite ont vu leur nombre chuter. En 2013, 681 points de vente de presse (librairies, papeteries…) ont fermés, face à l’érosion de la diffusion des quotidiens et magasines. Toutefois depuis 2005, l’évolution des kiosques semble avoir vécu une tendance inverse : aujourd’hui 409 kiosques parsèment la métropole, et leur nombre s’est vu augmenter de 260 en 2005, a 345 début 2016.

En effet depuis 2005, MediaKiosk s’est vu confier la gestion opérationnelle des kiosques parisiens. Avec comme consigne de la Mairie de paris de soutenir ses kiosquiers, MediaKiosk a fourni une aide financière de 2 millions d’euros par an depuis. Cette politique volontariste a donné lieu notamment a l’opération “Paris aime ses kiosques” en 2013 et 2014, visant à mettre en avant le rôle majeur des kiosques dans l’actualité et l’urbanisme parisiens.

Leur renouvellement entre 2017 et 2019 vise quant a lui a améliorer les conditions de travail des kiosquiers tout en offrant un espace de vente moderne dans lequel les commerçants pourront vendre des journaux, mais pas que. L’un des objectifs de modernisation de ces kiosques est de diversifier leur offre : ils pourront ainsi proposer aux passants des boissons ou des sandwichs, ainsi qu’une pléthore de gadgets et des services dématérialisés comme des produits de téléphonie ou billetterie culturelle. En effet la situation des kiosquiers n’est pas au beau fixe : exploitants indépendants, ils sont en moyenne rémunérés entre 1300€ et 1500€ pour des semaines d’environs 70h de travail.

Kiosque parisien | © Christophe Moulin / Kingz.fr

Kiosque parisien | © Christophe Moulin / Kingz.fr

Et la poésie dans tout ça ?

Si la décrépitude de la vente et la diffusion de presse écrite ainsi que celle des conditions économiques des kiosquiers semblent avoir eu raison du renouvellement de la rénovation du parc des kiosques parisiens, le résultat esthétique est la principale source de contention pour les opposants aux nouveaux modèles de kiosques. “Pourquoi ne pas concilier charme de l’ancien et fonctionnalité & confort du moderne ?” s’étrangle ainsi Juliette L. sur le site de sa pétition.

Au coeur de ce débat réside, un peu malgré elle, Matali Crasset designer recrutée par MediaKiosk pour dessiner ces nouveaux édicules. Nous sommes bien loin du style Art Nouveau de Davioud pour cette designer industrielle qui fait ce qu’elle sait faire de mieux : des édifices utiles, modernes, modulables, sans fioritures. Son site internet décrit son travail, qui “s’est imposé à partir des années 1990 comme le refus de la forme pure et se conçoit comme une recherche en mouvement, faite dhypothèses plus que de principes”. Nous y voici donc : exit les froufrous à la Davioud, place à l’utile et l’impersonnel.

Mais quelle est réellement la place du travail de cette artiste dans une ville qui à souvent des airs de décor de cinéma ? Quid de la possibilité de garder le charme de l’ancien tout en le rendant plus fonctionnel ? Pour la Maire de Paris, cette question est absurde puisqu’ “il ny a pas de kiosque haussmannien, les kiosques que vous voyez sont des plagiats dhaussmanniens qui sont en plastique, qui ont été installés dans les années 80”. C’est a ce demander si l’ont peut aussi considérer Notre-Dame de Paris comme un plagiat, puisqu’en l’état l’édifice comporte plus de 80% de pierres récentes.

Innover” est donc le mot d’ordre pour ce projet de nouveaux kiosques, plus pratiques, plus éco-responsables, plus visibles, plus grands, mais plus laids. Malgré la hausse de confort proposé aux kiosquiers par le réaménagement de leurs kiosques, et la revue de leur conception extérieure après une première vague de contestation, cela n’a pas empêché ni le syndicat des kiosquiers d’ile de France, ni les différents partis politiques siégeant au Conseil de la Ville de déplorer à la fois un manque flagrant de consultation auprès des riverains ainsi qu’un manque de considération pour le patrimoine de l’urbanisme parisien. Il est à noter toutefois que 49 des kiosques Davioud existant seront préservés, ne vendront plus de presse mais pourront servir a différentes associations, par exemple.

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