Tom Bianchi : le photographe qui a marqué l’évolution de la communauté queer

© Tom Bianchi

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Le célèbre photographe, Tom Bianchi, redonne vie à la communauté queer de Fire Island des années 70. Son exposition Fire Island Pines: Polaroids 1975-1983 au Throckmorton Fine Art à New York nous plonge dans l’intimité de cette époque dite « magique ».

Située au sud de Long Island, cette île New Yorkaise était connu pour être le repère des naturistes et des artistes. Faisant parler d’elle comme étant un lieu de liberté, elle a rapidement été accaparée par la communauté queer. Fire Island s’est vu envahit par« les meilleurs et les plus brillants » : artistes, auteurs, mannequins, photographes, designers, acteurs. En quelques semaines, elle était devenue un véritable lieu de référence pour les personnes désireuses de vivre dans un monde où règnent l’excentricité, la fête et surtout la liberté !

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L’avocat devenu photographe

Né à Chicago, Tom Bianchi est diplômé de l’Université de droit de Northswear. Il a travaillé pendant dix ans dans le droit des affaires, avant d’être fait avocat à Colombia Pictures à Manhattan. Alors que son parcours professionnel était d’ores et déjà tout tracé, l’obtention d’un Polaroid SX-70 va bouleverser sa vie. C’est en effet à ce moment, et surtout lors de son premier séjour à Fire Island, qu’il a commencé à développer une véritable passion pour la photographie.

Lors de sa première expérience au sein de l’enclave gay, il photographiait la vie de ses amis et de ses amants. Malgré quelques réticences de certains au début, car ils n’avaient pas encore avoué leur homosexualité et avaient peur d’être exposés, ils se laissèrent rapidement prendre au jeu. Chaque année pendant huit ans, ce processus se répétait. Bianchi se laissait aller à sa passion en capturant ces moments précieux. Ce qui n’étaient que de simples photos souvenirs entre amis, devenues rapidement un véritable témoignage poignant de la mutation de l’histoire de la communauté queer en Amérique.

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Nouveau mode de vie

Au 20ème siècle, être gay n’était pas facile tous les jours. Ces personnes ne pouvaient suivre leur orientation sexuelle qu’en cachette en raison de poursuites judiciaires, de mépris sociales ou même de discrimination. Une expression avait même été créée : « in the closet – dans le placard ». En ville, il y avait souvent des descentes de police dans les bars, les toilettes, plus globalement, les lieux de dragues. Les gays étaient perçus comme un danger, que ce soit au travail, à la maison, dans la vie courante. Ce mépris généralisé a poussé les personnes de cette communauté à développer une haine de soi qui les menait parfois jusqu’au suicide.

Au cours des années 70, le ras-le-bol généralisé a conduis ces hommes à se révolter. Ils tentèrent alors de s’émanciper de ce monde fermé en sortant des normes culturelles imposées par la société. C’est l’arrivée d’un nouveau mode de vie, et il a pour lieu de naissance Fire Island.

Cette île est le premier endroit où les gays peuvent se sentir libres de leurs faits et gestes. Ils peuvent partager leur douche, faire la fête, se baigner nu, se tenir la main en public pour la première fois sans que personne ne les juge. Dans les Pins, le rêve d’être un homosexuel et un artiste était enfin devenu possible !

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Destructeur de toute une génération

Néanmoins, la période qui suivie, a fait taire cette joie. La cause ? L’épidémie du Sida qui se propageait au sein de cette communauté. Bianchi le juge comme le destructeur de toute une génération. En effet, alors que les gays commençaient enfin à faire valoir leurs droits, cette nouvelle est venue dégrader leur image. Elle a aussi instauré un contexte de discrimination encore plus important. Ils étaient désormais associés au VIH, ce qui est encore aujourd’hui le cas.

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Désirant montrer la réalité de Fire Island afin de faire taire les amalgames, le photographe a cherché à exposer ses photos. Cependant, les éditeurs ont longtemps trouvé le livre « too queer » pour être commercialisé, même malgré l’appui d’Andy Warhol et de Sam Waystaff. Ce n’est qu’en 1980 qu’on lui donne enfin sa chance. Ayant attiré l’attention de Betty Parsons, la célèbre marchande d’art, il réalise sa première exposition. Et ce n’est que le début d’une grande carrière. C’est elle qui lui donnera le courage de renoncer à sa vie d’avocat pour suivre celle d’un artiste !

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Alors que son amant décède en 1988 du Sida, Tom Bianchi se plonge totalement dans la photographie afin d’oublier sa tristesse. Au total, il remplira 21 livres d’images explorant l’identité sexuelle. Ses photos, ainsi que ses textes, ont été réalisés en la mémoire d’une ère révolue, et en la mémoire de celle qui allait suivre. Elles montrent la vie qu’a tuée cette épidémie, mais elles affichent surtout la naissance et le développement d’une nouvelle culture à un moment critique dans l’historie de l’Amérique. C’est grâce à cette génération que la communauté queer d’aujourd’hui peu s’exposer sans avoir honte ou peur. Cet esprit communautaire qui s’est développé au sein de ce groupe a permis aux gays de gagner en estime et en amour de soi.

Fire Island Pines: Polaroids 1975-1983 au Throckmorton Fine Art de New York jusqu’au 16 septembre prochain.

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